Nos contributions

CONTRIB. #12

Je salue l’initiative de François WERNER en faveur d’une refondation de notre Métropole.
L’échec actuel de la gouvernance européenne doit nous éclairer et nous inspirer, pour ne pas en reproduire les erreurs à l’échelle de notre territoire. On ne saurait réduire une communauté de destin, à la gestion partagée de sujets d’intérêts purement techniques ou de court terme.
Une entité chargée de préparer l’avenir, de réfléchir à un nouveau modèle de développement, ne peut se construire qu’à partir d’une ‘‘vision’’.
C’est ce débat qui doit nous animer. Cette Métropole, j’y suis né, je la connais bien dans son format initial, pour y avoir été fonctionnaire territorial durant sept ans, d’abord en charge des marchés publics à la Mission Trolleybus, puis de la coordination des 13 directions techniques que comptait le District, alors présidé par Richard POUILLE. Le District Urbain de Nancy était d’abord né dans les locaux de la Ville de Nancy, avant de rejoindre Villers dans le Château Simon de Chatellus, puis l’emplacement actuel de ce qui deviendra plus tard la Communauté Urbaine, puis la Métropole…

Des évolutions, la Métropole en a donc connues, avec à chaque fois l’adhésion de nouvelles communes ou la prise en compte de nouvelles compétences. Mais la concentration des missions n’est pas une fin en soi, ni la gestion de services partagés, bien qu’elle apporte à l’évidence une réelle plus-value technique et économique.

J’ai personnellement vécu l’expérience passionnante du Pôle de l’Eau, dans les années 80 et 90, qui reproduisait la dynamique de l’Ecole de Nancy, à savoir développer une culture commune autour d’une préoccupation transverse, en s’appuyant sur les compétences de la collectivité, le tissu industriel, les laboratoires universitaires et les EPST. C’est cette logique qui inspira plus tard ARTEM, alliance vertueuse des arts, des sciences de l’ingénieur et des sciences du management et du commerce.

Je suis persuadé qu’une communauté de vie doit se construire sur la culture et des ambitions partagées. Seule la Métropole peut porter une telle ambition, dans un contexte où nous devons inventer nos transitions : démographique, sociale et économique. Nous pouvons pour cela emprunter à l’histoire les ingrédients du succès : le mythe de la nouvelle frontière à KENNEDY, l’ambition solidaire de l’Abbé PIERRE, qui fut Député de Nancy, la vision de la santé portée par l’AGHTM, précurseur de l’OMS, née à Nancy à l’initiative du médecin hygiéniste Edouard IMBAULT. A partir de ces orientations, beaucoup de choses ont déjà été faites mais beaucoup plus encore restent encore à faire.
La nouvelle frontière de notre Métropole, ce sont les bassins de vie proches avec qui nous devons construire des stratégies de transport, d’action économique et de solidarités : Pompey, Neuves-Maisons, Varangéville sont trois bassins qui jouxtent la Métropole et avec lesquels il est indispensable de penser globalement un devenir commun, pour l’emploi et les déplacements.

Les solidarités sont le ciment de toute communauté. Il fut un temps récent ou le District Urbain était uniquement un lieu de mutualisation de compétences techniques. Ce temps est révolu ; l’adhésion au programme de l’OMS des Villes-Santé, selon les principes de la Charte d’OTTAWA marqua à cet égard un tournant important.  On mesure peu le changement culturel que cela conduisit, en un laps de temps très court, mais on pourrait résumer ceci en évoquant le fait que l’on est passé de services municipaux d’hygiène à des services santé-environnement, plus prosaïquement de la vaccination et de la dératisation à la promotion de la santé et du cadre de vie. Le portage aujourd’hui de cette dynamique par la Métropole est une avancée significative, qui se traduit concrètement par une étroite coopération entre les communes, pour toutes les questions liées aux solidarités ; on a vu l’effet positif que cela a pu avoir au bénéfice des séniors, des personnes en situation précaires et de la population générale, au moment de la crise du COVID 19.

Je ne peux donc qu’adhérer à la vision de François WERNER quant aux priorités pour notre Métropole : les transitions économique, environnementale et générationnelle qui sont les défis de notre ambition du vivre ensemble et comme premier dossier d’envergure, le Tramway, projet structurant à appréhender dans une dimension projective, tenant compte des bassins de vie voisins. La bonne gouvernance de la Métropole doit pour ce faire inverser le schéma classique. Hier le District Urbain gérait les services techniques de manière mutualisée pour en accroitre la performance de gestion ; la Communauté Urbaine a introduit une dimension sociologique nouvelle, pour donner du sens à une ambition qui dépassait déjà les seuls enjeux techniques ; aujourd’hui les valeurs immatérielles comme la santé, l’environnement, l’action économique, doivent être au centre de nos préoccupations Métropolitaines, les sujets techniques devant en devenir des domaines d’application au service du sens commun, incarné par une ambition partagée du bien-être, bien vivre, bien vieillir. J’ai pu constater que certains des virages les plus importants avaient été pris par des Présidents portant des visions en rupture avec la pratique antérieure et il s’agissait aussi de Maires de communes périphériques, comme Richard POUILLE (Vandoeuvre) et Charles CHONE (Ludres). Les nouvelles transitions nécessitent l’alliance de la ville centre et de la troïka des élus des villes périphériques, en tenant compte des liens indispensables à nouer avec le Conseil Départemental, le Conseil Régional, les Services de l’Etat, l’Europe, mais aussi les universités et les entreprises. Un pilotage exclusivement pensé depuis la ville centre est à mon sens fatalement conçu comme un mouvement centripète, à savoir la confortation de la stratégie de la ville centre, tandis que le pilotage alterné par une cohorte de Maire de la périphérie sera une alliance de la ville centre et des autres communes, pour penser ensemble un modèle de développement ou les initiatives participatives venant des citoyens, prendront demain autant de place que les décisions des entités élues.

Le pilotage proposé par François WERNER est aussi à mes yeux une opportunité de faire vivre différemment les solidarités de proximité et de repenser la vie démocratique de notre territoire, car changer de cap, c’est acquérir de nouveaux savoirs, prendre de nouvelles habitudes, c’est cela les transitions en actions.

Donnons une chance à cette formidable ambition !

par Patrick Faivre

Pour contribuer à ce manifeste et participer à la refondation de notre métropole du Grand Nancy : c'est par ici !

    Votre proposition

    Civilité