Manifeste

À l’évidence aujourd’hui, parce que face aux événements sanitaires et socio- économiques que nous traversons, les urgences, les priorités, les méthodes doivent nécessairement changer.

Mais même hier, avant le tsunami du coronavirus, cette exigence était forte. Tout simplement parce qu’elle arrive à une nouvelle étape de sa croissance, celle de l’approfondissement, de la maturité, après les années de mise en place. Et aussi parce que son fondateur la quitte.

Et pourtant, alors que ceci semble évident à beaucoup, le débat sur ce sujet reste inexistant. Il ne doit pas être escamoté, et encore moins confisqué par les quelques uns qui siégeront dans cette institution en quelques jours pendant l’été. La Métropole n’est plus une structure technique, désincarnée, lointaine comme pouvaient l’être les institutions qui l’ont précédée. Elle appartient à tous les Grands Nancéiens et elle est un lieu d’élaboration de grandes politiques publiques, qui doivent partir de visions à la fois plus globales et plus partenariales.

Prenons-en simplement quelques exemples, choisis parmi les plus urgents.

Le grand sujet, c’est le tramway.

On peut le voir à l’ancienne : la métropole doit réaliser une nouvelle infrastructure de transports en commun. Cette logique mène à l’impasse : vu de cette façon réductrice, la prudence conduit à différer le dossier, aussi bien pour des raisons liées à la situation financière des collectivités locales avec la crise que pour préserver l’activité de nos commerces de centre ville, déjà malmenés par les mouvements sociaux et la crise sanitaire. Mais encore ? Que fait-on entre-temps ? On accepte sans la thrombose des voiries et des transports publics, qui conduira inévitablement à l’asphyxie des commerces et à la remise en cause des efforts en cours pour le vélo et les modes doux ?

La Métropole ne peut plus se réduire à cela. Elle est le territoire pertinent pour travailler ensemble sur les grandes évolutions humaines et économiques qui déterminent nos besoins de mobilité. N’attendons plus d’être contraints par des évolutions subies. Au moment où les modes de travail et d’apprentissages doivent évoluer profondément, la Métropole doit prendre l’initiative en rassemblant les entreprises, l’université et structures de formation, les communes dans et autour de son périmètre, les citoyens pour construire ensemble, pour celles et ceux qui le peuvent, un dispositif de télétravail et de téléapprentissage efficace et durable !

Parce que ça ne se fera pas tout seul ! Affirmer la volonté de le faire ensemble, apporter le Très Haut Débit à tous, développer des lieux adaptés quand les logements ne le permettent pas, faciliter la prise en charge des enfants de façon fractionnée, imaginer des logements étudiants à temps partagé, étaler mieux les horaires des transports …. Ce chantier ne prendra pas s’il n’est pas porté par la collectivité du territoire. Et s’il ne prend pas, notre Métropole étouffera.

La réussite de cette démarche est indispensable pour poser sereinement les bonnes questions pour nos transports : le développement des modes doux dont le vélo, la complémentarité avec les autres autorités de transport, le maillage plus efficace des zones non desservies par les lignes structurantes dont le tramway est l’essentiel.

Le deuxième défi, c’est de se relever de la crise avec un modèle économique plus équilibré.

L’arrêt quasi-total de l’économie sur notre territoire justifie en toute première priorité une mobilisation pour l’emploi et les entreprises, et la métropole a su, aux côtés de l’Etat et de la Région, prendre les mesures qui s’imposaient dans l’urgence. Mais demain ? On ne repartira pas de la même façon qu’avant. Tout le monde espère des transformations, plus de proximité, plus d’authenticité, plus de respect de notre environnement. Mais ceci ne se fera pas sans des acteurs du territoire mobilisés et regroupés.

Commander plus près de chez nous pour moins d’empreinte carbone, plus de qualité et plus de bénéfice pour le territoire ? Bonne idée, mais qui ne peut pas prospérer si la métropole n’en est pas l’assembleur !

Cela suppose de revoir notre organisation spatiale pour favoriser les livraisons de proximité, pour l’achat comme pour les fournisseurs. Cela suppose une mobilisation de la commande publique pour s’approvisionner de façon plus vertueuse, privilégier les fournisseurs locaux, c’est possible. Cela suppose, pour l’alimentaire, de travailler avec les filières de production, d’en assurer la distribution dans la restauration collective comme dans le commerce alimentaire. Tous ces exemples, qui sont à notre portée, montrent qu’au- delà des aides et des soutiens individuels aux entreprises, c’est une nouvelle manière de produire et de consommer que les collectivités doivent contribuer à inventer, comme la Région a commencé à le faire avec le Business Act Grand Est.

La Métropole est aussi l’échelon pertinent pour une véritable politique environnementale.

Capable de travailler avec les communes, qui travaillent à leur échelle à changer les mentalités, en diffusant les bonnes pratiques sur les déchets, sur la rénovation thermique des habitations, mais aussi à plus grande échelle, sur les transports, sur l’urbanisation maîtrisée, sur la lutte contre l’artificialisation des sols, sur la création d’îlots de chaleur, elle devra porter ces nouvelles visions de la ville, notamment à travers un Plan Local d’Urbanisme Intercommunal ambitieux au service d’une meilleure qualité de vie pour tous.

Si l’on ajoute l’action développée avec succès sur la santé, le travail accompli sur les sports dans l’agglomération, la gestion de beaucoup de nos espaces verts, on comprend que la Métropole est, pour chacun d’entre nous, bien plus qu’un prestataire de service, un créateur de bien être partagé.

Mais il y a aussi à faire au-delà de nos frontières métropolitaines, sur des politiques longues et larges, qu’aucune commune n’est à même de porter seule. Un exemple, qui mérite un travail de longue haleine ? L’image de notre territoire, déjà difficile à populariser à l’extérieur, a souffert d’une épidémie qui l’a lourdement frappée. La couleur rouge de notre région la marquera encore après l’extinction du virus.

C’est ensemble, avec la Région, avec le Sillon Lorrain, avec les espaces transfrontaliers, à partir d’un travail en profondeur sur nos atouts, la qualité des formations et de la recherche, le sens du travail, la qualité de vie et d’accueil, la richesse culturelle, que nous pourrons rendre le Grand Nancy attractif au niveau national et international. Cela suppose un fort investissement de nos représentants dans ces instances.

Ce ne sont que quelques exemples de ce que notre Métropole peut aujourd’hui nous permettre de réaliser. Mais, pour ce changement de mission, qui est aussi un changement d’être, elle doit profondément changer de gouvernance.

Institution participative, institution axée sur la vie des habitants, institution qui dépasse ses frontières : tous les aspects de la vie de la Métropole du Grand Nancy doivent maintenant s’écrire avec un principe de gouvernance partagée.

Partager plus entre la métropole et toutes ses communes, partager mieux entre la ville centre et sa périphérie, partager large avec les habitants et les acteurs socio-économiques, pour que l’action soit plus adaptée et mieux comprise. En ce qui concerne la participation citoyenne, du chemin a déjà été parcouru, certes. Mais le conseil de développement durable doit s’insérer mieux dans le travail de la Métropole en rapprochant les calendriers de travail pour que ses avis soient réellement utiles. Les concertations du tram et du plui montrent l’envie forte des habitants de s’engager directement quand les sujets sont clairement posés, il faudra le faire sur les grands thèmes qui viennent d’être évoqués.

La relation de la métropole avec ses communes doit être revue et approfondie, à la fois pour une meilleure territorialisation des politiques de proximité comme la propreté ou les espaces verts, mais aussi pour que les actions municipales soient rendues plus fortes quand la taille ou la cohérence d’ensemble importe. L’exemple de la fourniture de masques aux habitants en est l’illustration. Il fallait bien rapprocher nos points de vue et grouper nos commandes pour être efficaces ! Ainsi, une conférence des maires présidée par un maire qui ne serait pas dans l’exécutif, avec des réunions plus fréquentes, sur un ordre du jour proposé aussi bien par les communes que par la Métropole répondrait à cette exigence.

Mais, pour importante qu’elle soit, cette modification ne permettra pas à elle seule de respecter toutes les légitimités, d’où qu’elles viennent.

Le débat actuel pour savoir s’il faut ou non ouvrir l’exécutif métropolitain « à l’opposition » est une vision dépassée et marquée par l’antagonisme nancéien. Cette « ouverture » est désormais dans les mœurs, pratiquement dans toutes les métropoles, et que veut elle dire alors que nous avons conduit 20 campagnes complètement séparées dans 20 communes, souvent sous des étiquettes très diverses, voire pas d’étiquettes du tout ?

À la vérité, c’est à une véritable gouvernance partagée qu’il faut s’atteler, exclusivement orientée vers l’intérêt du territoire. Les groupes politiques seront là pour refléter les sensibilités des uns et des autres, mais elles doivent rester à la porte de notre enjeu commun. Le partage est d’abord celui des projets, à la différence de ce que la situation présente entraîne, où les débats métropolitains sont lancés à Nancy, entre candidats nancéiens, et où les communes de la périphérie se trouvent enfermées dans un « qui m’aime me suive » qui ne construit pas d’esprit métropolitain.

C’est pourquoi le partage doit aussi être celui des responsabilités, entre une ville centre essentielle, celle qui donne son nom à notre agglomération, celle qui concentre la majorité des activités humaines, et des communes qui ont lié leur destin à celle-ci depuis des décennies, et qui donnent plus de force à l’ensemble. Et quel meilleur gage de ce partage que celui de la présidence de la métropole exercée par un ou une élu d’une commune suburbaine, après 19 années continues au bénéfice de Nancy ?

Au moment où des décisions fondamentales sont à prendre pour développer notre centre ville comme on vient de le voir (transports et modes doux, commerces et activités, Nancy Grand Cœur, environnement….), l’arbitre qui préside l’ensemble métropolitain doit être impartial, rassembleur, garant d’un effort équilibré et durable sur l’ensemble du territoire, dégagé des contingences municipales.

L’important est maintenant que le débat s’ouvre autour de ces idées, qui méritent une discussion ouverte et transparente à l’échelle de notre territoire.

Sur une initiative de François Werner
Maire de Villers-lès-Nancy

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